Donner du sens aux consignes … OU les formuler dans un autre sens ?

Un problème auquel nous sommes confrontés régulièrement est celui du sens que Léo donne à ce qui lui est demandé et, comment on peut vite arriver à « Il n’a pas compris » …. Ce qui nous oblige à reprendre à la maison certains exercices pour lesquels une correction recopiée n’est pas vraiment « la solution » …..

Une consigne négative

Un exemple précis : « Barre les verbes qui ne sont pas conjugués à l’imparfait » (mais on peut trouver des tas d’exemples de ce type dans d’autres matières)

On penserait qu’en CM2 cette consigne n’est un « piège » pour aucun élève …..On se trompe ….Dans le barre il y a déjà une idée d’erreur, de quelque chose de faux mais le plus « gênant » vient de la négation . En regardant le résultat proposé par Léo , on a l’impression que  la compréhension semble comme « s’effriter » tout au long de l’exercice pour terminer par barrer les verbes conjugués à l’imparfait , temps pourtant relativement bien connu et reconnu . Lutter contre son cerveau fait partie aussi de la surcharge de travail que cela demande à ces enfants au fonctionnement différent et ils vont devoir ici par exemple « gaspiller de l’attention » pour effectuer ce type d’exercice.

Si on réfléchit bien, la consigne aurait pu être « surligne (entoure, encadre ..)uniquement les verbes conjugués à l’imparfait  » pas de négation , ni de barre , car de toutes façons, quel était l’objectif de l’exercice ? reconnaître l’imparfait . Là, il suffit de lire et comprendre la consigne sans avoir besoin de la « traduire » …..

Demander à ce que les consignes soient formulées autrement est difficile au niveau des adaptations (sauf si TOUS les élèves ont la même consigne – ce qui finalement résoudrait directement le problème- )mais le constat est là : il nous reste à nous « entraîner » pour répondre à ce type d’exercice , bien sûr on pourra nous dire que c’est un bon type d’entraînement pour la flexibilité mentale mais l’essentiel est-il VRAIMENT là ?

On « s’adaptera » donc …. On  va d’abord « jouer » à « traduire » les consignes de ce type en observant quand l’exercice est terminé ce qu’il s’est passé .On  reformulera alors l’énoncé de la consigne dans un sens « positif  » …… Il faudra donc penser à cette « vigilance » sur la consigne quand même AVANT de démarrer l’exercice et y revenir si on a un doute …..

Une consigne « claire » mais pour quelle logique ?

En regardant l’exercice fait  par Léo (pourtant adapté à l’ordi ….) où il fallait remplacer un CO par un pronom personnel , on est en mesure de se poser des questions :

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On ne peut en conclure (hâtivement ?) qu’il n’a effectivement pas compris ce qu’on lui demandait de faire …… ET/OU qu’il ne connaît pas les COD (puisqu’il a remplacé des sujets par un pronom sauf dans la 1ère phrase où la maîtresse l’a aidé) …ET/OU se questionner : Pourquoi a-t-il changé les verbes , le temps parfois ,ce n’était pas dans la consigne ?

Finalement ( ou plutôt en AMONT) : peut-on AUSSI s’interroger sur la consigne ? Pourquoi remplacer un COD par un pronom alors que cette nouvelle phrase sous la 1ère n’a aucune utilité ? On a même un renseignement de moins car  » Mon chien la mord » c’est mon chien mord sa laisse ou la petite fille, la dame ….. On peut inventer plusieurs phrases qui conviendraient (ce qui serait bien plus intéressant et on verrait que mon chien la mord ne peut pas convenir à « Mon chien mord le facteur » par exemple ….)

Un pronom remplace un nom par définition , mais encore faut-il que ce soit utile : par exemple pour éviter une répétition . Nous avons donc repris ce type d’exercice mais d’une autre manière :

  1. pour donner du sens , on a commencé par une 1ère phrase pour avoir ,dans la 2ème phrase à étudier, une répétition : un exemple ci-dessous :

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2. J’ai demandé tout d’abord d’analyser les 2 phrases ( les fonctions : V, S, CO ….): on pose les choses et on observe ….

3. Dans la 2ème phrase, pour éviter la répétition de « leur match » on va remplacer le COD par un pronom.

4. Il a fallu se « débarrasser » physiquement de ce COD (avec des ciseaux) et relire la phrase « Les footballeurs gagnèrent …. leur match « … OUI mais on n’en veut plus du COD …. Autre proposition  » Ils gagnèrent « …. NON on garde toutes les autres étiquettes de la phrase : dans la consigne on te demande de remplacer le CO seulement par un pronom ….

C’est là qu’on peut comprendre la démarche de Léo dans l’exercice quand il a remplacé les sujets par des pronoms …. perdu dans ce qu’il fallait remplacer

5. Léo a pioché dans la liste des pronoms et a pris « les » . Il a également coupé l’étiquette du verbe pour avoir la place de poser son « les » . En relisant , automatiquement , Léo a transformé (d’abord oralement) leur match en leurs matchs .

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6. J’ai ensuite placé le pronom la à la place de les et demandé à Léo ce que cela aurait pu donner : réponse immédiate « Les footballeurs gagnèrent la coupe » (oui, on est dans son domaine mais peu importe !!!!)

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Le lendemain, quand nous avons repris ce même genre d’activités toujours avec les ciseaux, Léo a tout de suite demandé : « tu les as les étiquettes des pronoms ? » Il a encore bien besoin de manipuler la langue avec les mains ……et les ciseaux ! On passera au type d’exercice demandé une fois que cette manipulation sera « intégrée » mais déjà quand on a repris une nouvelle phrase, c’était compris ….

Nous regarderons à nouveau notre carte sur les pronoms (ci-dessous) et pourrons ajouter / discuter la fonction des pronoms personnels  (au moins pour les principaux : je,tu,il … pronoms personnels sujets, le,la,les,l’ pronoms personnels COD , voir que le nous peut avoir l’une ou l’autre des fonctions ….. Il reste encore de quoi observer …. et peut-être écrire quelques « règles » autour de ces pronoms ….)

carte sur les pronoms :

les pronoms 2016

 

 

20 réflexions au sujet de « Donner du sens aux consignes … OU les formuler dans un autre sens ? »

  1. tout d abord un grand merci pour tout votre travail partagé …une question me taraude …savez vous quelle dys empêche Léo de comprendre le sens des consignes ? ma fille rencontre ce même genre de problème …je ss persuadée, pt être à tort, qu’en connaissant le problème en amont, les aménagements , les adaptations seront plus ciblés …merci pour votre réponse

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    • Merci pour votre message .Concernant la compréhension des consignes quelle que soit la « DYS » (dyspraxie visuo-spatiale ici)il faut arriver à comprendre ce qui les emmène vers un autre chemin alors que pour la majorité il n’y a qu’une voie. Ce n’est pas simple , ça prend du temps, ça évolue et même parfois on a l’impression que ça régresse …. On a dû louper une étape qui nous paraissait trop évidente ou trop facile et on se « plante » .De plus il y a plusieurs types d’intelligence , donc la formulation d’une consigne pourrait aussi être multiple comme la réalisation de l’exercice . Mais cela demande encore du temps et une pédagogie qui tienne compte du fonctionnement de chacun (DYS ou pas d’ailleurs) .Mieux encore il faudrait avant poser le problème, donner un sens à la recherche : ce qu’on cherche OUI MAIS pourquoi on le cherche ? Je n’ai peut-être pas vraiment répondu à votre question mais nous aussi on continue de chercher à comprendre ….C’est passionnant !

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  2. Ping : Méthodes - Education | Pearltrees

  3. Le mode de pensée de nos enfants est souvent déroutant, mais tellement créatif sur d’autres points. Ma fille fait souvent de genre d’erreur par rapport à l’énoncé alors qu’elle connait parfaitement les réponses (elle est dyslexique dysorthographique mais compense fortement en lecture). Notamment en maths, où à un exercice appelé « avant-après » suivi d’une suite d’entiers, elle va naturellement les ordonner au lieu de donner les entiers inférieurs et supérieurs les plus proches. En tout cas je retiens le système des phrases découpées, à bien y réfléchir c’est comme ça que notre maitresse de CP nous avait appris à lire, mais cela c’est totalement perdu.

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    • Merci pour votre commentaire .C’est vrai qu’on ne prend souvent plus le temps de découper, manipuler , expérimenter en classe … programmes trop lourds ?

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      • Ce n’est pas grave … la relecture … ce sera sûrement l’objet d’un prochain article car ce problème-là aussi n’est pas résolu bien qu’on pensait, à un moment donné, qu’on était pile dans la bonne voie …. On cherche donc ….

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  4. Oui, je pense que les programmes sont trop lourds! On veut faire ingurgiter des notions (les mêmes sur plusieurs années, ce qui peut ennuyer!) au détriment de la compréhension, et même, je suis d’accord, du sens.
    Dans ce cas précis, pourquoi ne pas donner un texte (une petite histoire) plein de répétitions à repérer dans 1er temps, puis à changer en pronoms, pour montrer aux enfants quel beau texte ils ont écrit à la fin: « il est vachement mieux qu’au début, non? » 😉 Je le fais, d’ailleurs. Mais j’utilise peu les catégories grammaticales, ça les perd… Ex: ce matin on a fait un point sur les articles, ils ne retiennent pas. Ils retiennent les explications (« On met « a » chair, parce qu’en fait ça peut être n’importe quelle chaise, c’est pas une chaise en particulier »). Là ils ont juste. Si on demande la nomenclature imposée, on perd 70% de bonnes réponses. C’est vrai qu’on se demande ce qui s’est passé, avant ce genre de choses ne posait pas autant de problèmes… Mais on vit tellement dans le concret, maintenant… (d’où le besoin de manipuler, je pense, aussi)… les notions abstraites parlent à vraiment peu de monde… on peut quand même le regretter, car d’une certaine manière, la manipulation de concepts abstraits permet une réflexion qui dépasse celle qui ne prend appui que sur le concret. Enfin bon…
    Quant à la consigne, moins c’est tordu, plus c’est clair pour tout le monde! 🙂 Je pense que « Entoure », « conjugue à tel temps », « coche », suffisent amplement à vérifier la compréhension à ce niveau! Entièrement d’accord avec le « barre ce qui n’est pas..; » qui est trop alambiqué. Et il n’y a pas que les dys qui ont du mal à comprendre!
    Bon courage…

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    • Merci pour cette explication et finalement ç’est valable dans toutes les langues ou toutes les disciplines …Il faudra bien qu’on finisse par comprendre (ou seulement essayer de comprendre) comment les élèves s’approprient cette compréhension tout en sachant qu’ils ont plusieurs voies « à essayer , à manipuler » à leur disposition …. à bientôt !

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  5. « barre ce qui n’est pas  » s’appelle une double négation ( je ne veux pas ce qui n’est pas…). Cela demande une très grande logique et n’a aucun intérêt dans un contexte ordinaire. L’examen du code de la route est plein de doubles négations et beaucoup de gens l’échouent alors qu’ils seraient par ailleurs de bons conducteurs. C’est de la perversion de la part des inspecteurs qui fabriquent les examens (ou des enseignants qui inventent les exercices). Isabelle orthophoniste

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