Ma vie de « special mother » : portrait de ma grand-mère, une leçon de vie

Aujourd’hui est un jour spécial et j’avais envie de vous parler d’une maman, d’une grand-mère, d’une arrière-grand-mère formidable : la maman de Mamie Sylvia, ma grand-mère et l’arrière-grand-mère de mes enfants, une femme exceptionnelle.

51464498dc6eb« Une maman formidable donne toujours une

grand-mère exceptionnelle. » Jean Gastaldi

J’ai beaucoup d’admiration pour elle et il y a quelques jours j’ai décidé que je devais TOUT savoir sur sa vie car je me suis rendu-compte que je ne connaissais pas grand-chose au final, juste quelques anecdotes…

Je l’ai appelé et je lui ai demandé de tout me raconter. Nous sommes restés longtemps au téléphone. Je suis passée par différentes phases : à la fois admirative, fière, heureuse mais aussi gênée, peinée, attristée avec la désagréable sensation de boule dans la gorge, celle qui t’empêche de pleurer.

Je n’ai pas pleuré car elle n’était pas triste de me raconter sa vie, je crois même qu’elle était contente. Je vais donc vous parler de sa vie avec ses propres mots, de son naturel bienveillant envers les enfants et de sa philosophie de vie positive que j’admire tellement.

Un peu de sa vie : les guerres, fuir pour rester vivant

Mon « abuelita » est né en Espagne, de parents espagnols. C’est la petite dernière d’une famille de 4 enfants. Alors qu’elle n’est âgée que de 5 ans, ils doivent fuir l’Espagne à cause de la guerre civile. Ils réussissent à embarquer dans un bateau de marchandises anglais à destination du Mexique. Elle me raconte qu’elle est la dernière personne à être montée à bord de ce bateau dans les bras de son père. C’est avec émotion qu’elle se rappelle encore des tirs sur le bateau, des morts aussi…Le bateau n’est jamais arrivé au Mexique, leur route s’arrêtera bien avant. Les voilà réfugiés en Algérie.

Quelques temps après leur arrivée, elle perd l’un de ses frères dans ce pays où sa maman ne parle pas la langue. Un jour, alors qu’il est malade, elle l’emmène à l’hôpital. Le lendemain elle le retrouve mort. Terrible nouvelle qui plongera sa maman dans le silence et le refus de vivre pendant de longs mois.

Ses parents finissent par trouver du travail chez des gens très riches qui ont une grande et belle propriété. Son papa devient le jardinier, sa maman, la cuisinière et son autre frère, le chauffeur. Elle, s’occupe du bébé de la famille, une petite fille. Elle n’a alors que 12 ans : donner le biberon, changer les couches, promener le bébé dans la propriété devient son quotidien. Plus tard, elle s’occupe également du petit-frère. Elle me raconte que ce petit garçon a du mal à s’endormir le soir. Alors elle lui lit des histoires, reste à ses côtés et s’endort souvent dans la  même chambre pour le rassurer.

C’est en Algérie qu’elle rencontre son mari, mon Papy, un espagnol d’origine qui a fui par le même bateau (drôle de coïncidence).  A 19 ans, elle se marie et devient maman de 2 jumelles (Mamie Sylvia et sa sœur Acacia).

Rapidement la situation se complique dans le pays, l’Algérie veut son indépendance. Encore une guerre, des bombes partout, aux arrêts de bus, dans les bars, le terrorisme s’installe…ils ne sont plus en sécurité. Ils doivent fuir à nouveau, tout laisser sur place. Leur appartement, les meubles. Ils prennent juste les jouets des enfants, du linge et des outils. Elle me dit : « nous avons tout perdu mais nous étions vivants ! C’était le plus important. »

En France, ils sont accueillis par des amis des gens riches chez qui ils travaillaient en Algérie. Ils leur prêtent leur logement pendant qu’ils sont en vacances, le temps pour eux de s’installer dans le pays…

Ma grand-mère n’a jamais travaillé, elle a appris à parler le français dans la rue. Elle n’a jamais pu aller à l’école, à son grand regret « j’aurais tellement aimé aller à l’école » me dit-elle, « je sais bien lire mais je ne sais pas bien écrire. Je n’ai pas eu d’instruction mais je ne suis pas bête ! ». Il est vrai qu’on se moque souvent de ses prononciations ou de ses expressions farfelues !

Une bienveillance innée avec les enfants

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Depuis l’âge de 12 ans, ma grand-mère s’est donc toujours occupée d’enfants.

Ce qui est incroyable c’est qu’elle n’a jamais lu de livres sur l’éducation. Et sa philosophie ne correspond pas aux modèles d’éducation de son époque mais s’approche plus du modèle d’éducation bienveillante que je suis obligée d’apprendre dans les livres !

Elle me dit qu’elle a tout simplement appris en étant aux côtés des enfants. Voilà comment elle considère les enfants : « Je dis toujours que les enfants, il faut tenir compte de ce qu’ils disent. Un enfant c’est une personne. Il faut leur parler et les écouter. Je les ai toujours écoutés. J’ai été avec eux, j’ai étudié sur eux-mêmes. Peut-être que c’est parce que j’étais jeune donc je me mettais plus à leur portée. »

Et elle continue « Ce n’est pas la peine dire à un enfant, c’est la règle et c’est tout, c’est comme ça… non il faut les écouter, qu’ils m’expliquent pourquoi ils font telle ou telle chose. S’ils ne savent pas faire, tu leurs montres comment il faut faire. Il faut les comprendre les enfants, il ne faut pas dire que c’est parce qu’ils sont plus petits qu’ils n’ont pas raison. »

Ma grand-mère ne crie pas, n’a jamais levé la main sur un enfant, d’ailleurs elle rajoute « Ce n’est pas parce que tu es grand que tu vas prendre le droit sur lui ».

Et elle continue dans sa lancée : « Les enfants viennent toujours vers moi. Je raconte toujours des histoires inventées et ils adorent ça. Un jour on m’a dit : vous devriez aller dans les hôpitaux pour les enfants malades », me dit-elle en rigolant.

Sans le savoir, elle pratique le « jeu libre » à sa façon. « Il faut le laisser jouer l’enfant, c’est lui qui joue, c’est son esprit ». Souvent elle lance le jeu avec un « et si tu jouais à… ? », puis elle le laisse faire, tout en l’observant, attentive et en étant là si besoin.

Quand je lui parle des disputes, elle me dit : « chacun son tour les enfants me racontent ce qui s’est passé, y en a un qui parle, ensuite c’est l’autre, et on trouve une solution », de la résolution de problèmes tout naturellement.

Ma grand-mère a une patience à toute épreuve. Mais elle me dit : « Quand j’ai les enfants, je ne fais pas autre chose. Il faut avoir du temps aussi. Vous, vous n’avez pas le temps ».

Et quand on parle du respect, voilà ce qu’elle me dit : « Quand on promet aux enfants, il faut le faire. Il faut avoir du respect vis-à-vis d’eux et il te respecteront aussi ».

Ce grand-père que j’aurais aimé connaître plus…

Lors de cette conversation, nous avons inévitablement parlé de mon grand-père que j’ai perdu à l’âge de 10 ans. J’ai peu de souvenirs de lui, pourtant je me rappelle de sa disparition comme si c’était hier. J’ai toujours l’image d’une personne calme et attentionnée. Je lui demande alors de me raconter un peu plus sur lui. Elle me dit qu’elle a beaucoup appris de choses avec lui et qu’il était très apaisant. Selon lui, il fallait expliquer aux enfants comment ça marche, par exemple si l’enfant veut les ciseaux, il ne faut pas lui dire non mais il faut lui apprendre pour ne pas qu’il se fasse mal. Papy avait beaucoup de patience. Sa devise : ne pas crier, ne pas tout interdire, expliquer les choses. Il parlait beaucoup aux enfants et ils les comprenaient.

En France, ils ont eu deux autres enfants, deux garçons, qui ont un grand écart d’âge avec les jumelles. Elle me raconte que Papy endormait toujours l’un de ses fils en se couchant à ses côtés jusqu’à ce qu’il s’endorme puis il le mettait dans son lit. Drôle de scène quand on imagine qu’elle se déroule il y a plus de 40 ans !

Je crois que ma grand-mère avait beaucoup d’admiration pour mon grand-père. « Il était très intelligent » me dit-elle. « Il a appris l’anglais tout seul, il lisait beaucoup, aimait beaucoup apprendre ». Tout ce qui touchait à la santé, le médical le passionnait. Il était doué d’une logique implacable : « il cherchait toujours le pourquoi des choses et il savait tout faire : utiliser la machine à coudre, travailler le bois… »  Au musée des tissus de Lyon, c’est lui qui a fait les parquets, les boiseries…(et dire que je n’y ai jamais mis les pieds !)

Le positivisme de ma grand-mère

Elle me raconte également que mon grand-père était quelqu’un de positif et qu’elle a énormément appris de lui. Ma grand-mère est également toujours dans le positivisme. Elle remonte le moral de toute la famille et nous aide beaucoup à relativiser.

Si des pensées négatives lui viennent, elle m’explique qu’elle les chasse en disant « il ne faut pas que je pense comme ça » ou encore « y a des choses plus délicates, tout ceux qui perdent tout, des choses plus graves » et elle finit par « à quoi ça sert de toutes façons de penser négatif».

« Il faut toujours chercher le bon, par exemple si tu es privé de manger certaines choses et bien il faut penser je peux manger ça et ça et ne pas penser à ce que je ne peux pas manger ».

« Il faut chercher le positif dans les choses bonnes, c’est comme avec les enfants il faut chercher le positif. »

Quand mon grand-père est décédé, elle m’avoue qu’elle a passé 1 an sans dormir mais n’a jamais pris de médicaments.

Elle ne se plaint jamais car « il faut toujours espérer que ça va passer » me dit-elle.

« Mais tu sais j’ai appris avec l’âge » finit-elle par me dire comme pour me rassurer.

Toujours là quand on a besoin

Ma grand-mère c’est le pilier de la famille, une femme dynamique à qui tu ne donnerais pas ses 80 ans. Toujours active, jamais fatiguée, si elle vient chez toi, elle te fait tout : le repas, le ménage, le repassage. Ma grand-mère a toujours été là dans les moments difficiles. Pour mes deux grossesses, j’ai été hospitalisée et j’ai dû rester alitée de nombreux mois. C’est elle qui s’est occupée de moi comme une vraie mère. Elle venait tous les jours à l’hôpital, prenait le bus, marchait à pied, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, elle était là. Elle passait des heures assise à côté de moi, parfois en silence pour me laisser me reposer mais aussi avec ses paroles positives pour me remonter le moral. C’est elle qui me massait les jambes, les pieds tous les jours pour me soulager et me relaxer. Elle m’amenait régulièrement des bonnes petites choses à manger qu’elle avait préparée parce qu’elle savait que je ne mangeais rien à l’hôpital. Elle m’encourageait tous les jours pour que je tienne le coup car chaque jour passé était un jour gagné pour mon bébé. Et quand mon petit dernier est né, c’est encore elle qui était présente. C’est elle qui est venue me soutenir à la maison quand j’étais à la limite du « burn-out » parce qu’il passait son temps à pleurer, à hurler de jour comme de nuit. J’étais complètement épuisée. Elle a quitté son appartement pendant de nombreux mois pour me venir en aide, y retournait de temps en temps le week-end. C’était la seule à pouvoir apaiser mon bébé de ses pleurs si intenses, la seule à pouvoir l’endormir en le berçant dans un fauteuil.

Voilà elle m’a tout donné, son amour, son temps, sa patience, sa joie de vivre. Et elle fait de même avec chacun de ses enfants, de ses petits-enfants et de ses arrière-petits-enfants. Elle a une relation unique avec mes deux enfants, c’est juste indescriptible.

J’ai appris beaucoup auprès d’elle et maintenant que je connais mieux sa vie, je comprends tellement de choses.

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Aujourd’hui est un jour spécial, au moment où vous lirez ce message, ma grand-mère sera à l’hôpital en train de se faire opérer. Une opération grave puisque l’on a découvert qu’elle était atteinte de myélopathie, maladie qui touche la moelle épinière. Sans opération, c’est la paralysie assurée de tous ses membres, du jour au lendemain. Avec l’opération, il y a des chances qu’elle ne le soit pas mais il y a aussi 35% de (mal)chances pour qu’elle sorte de l’opération complètement paralysée, alors que pour le moment elle se porte très bien. Le pire que la vie puisse lui réserver : ne plus pouvoir être autonome, ne plus pouvoir rendre service, être assistée, tout ce qu’elle déteste !

A nous maintenant de la soutenir, d’être près d’elle, de l’encourager, de l’accompagner dans cette épreuve que la vie lui inflige à nouveau. Et comme dit Mamie Sylvia « tout va bien se passer, il faut penser positif comme mamie ».

Je terminerai ce portrait par la fin de notre conversation, une conversation qui restera à jamais gravée dans ma mémoire :

« On m’a dit que je pouvais être paralysée du jour au lendemain alors ça je ne voudrais pas ! moi je vais me faire opérer car je cherche à avoir la chance de mon côté, parce que sinon je vais dire j’aurais dû me faire opérer. Mais même si je suis paralysée, tout s’arrange, y a pire ! donc ça c’est rien. »

Quelle philosophie de vie…

photo_mel_1 (shooting photo pour Zoé Bonbon)

 

On t’aime fort Mamie fantastique et on croise les doigts très très forts doigts-croises-3

 

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